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Collaboration parent-intervenant

McGrew et Gilman (1991), résumé rédigé par Marie-Eve Genest

Au cours des dernières années s’est développée une nouvelle approche d’intervention promouvant à la fois la collaboration famille-professionnel et la prise de pouvoir de la famille. Cette approche est issue entre autres de la recherche sur les facteurs familiaux nécessaires pour répondre aux besoins d’un enfant souffrant d’une maladie ou d’un handicap (McGrew et Gilman, 1991). Le pouvoir de la famille peut être défini comme étant « la perception d’un sens de contrôle par la famille dans l’important processus de prise de décision et le degré selon lequel la famille attribue les résultats positifs de l’intervention à leurs propres forces, habiletés et actions » (Dunst, Trivette & Deal, 1988). Selon Bogrov et Crowel (1996), cinq facteurs importants devraient soutenir la relation parent-professionnel : 1) l’acceptation des parents comme membres à part entière de l’équipe de traitement ; 2) la capacité des professionnels à partager tout renseignement pertinent avec eux ; 3) la communication à double sens et sans jargon ; 4) la focalisation sur la planification du traitement, sur les forces, caractéristiques et besoins de l’enfant et de la famille ; et 5) la prise de décision commune entre parents et professionnels.

L’inventaire sur la collaboration parent-intervenant de Lacharité, Moreau et Moreau (1999) a été développé à partir de deux instruments de mesure validés, soit le Questionnaire sur le lien institution-famille (McGrew et Gilman, 1991) et le Fear-of-Intimacy Scale (Descutner et Thelen, 1991). Les 12 items sélectionnés dans le questionnaire de McGrew et Gilman se réfèrent au degré de confort ressenti par le parent, au niveau de collaboration perçue par celui-ci dans sa relation avec un intervenant ainsi qu’au lieu de contrôle parental. Par ailleurs, les trois items sélectionnés dans le questionnaire de Descutner et Thelen se réfèrent au degré de confiance du parent envers l’intervenant. L’inventaire sur la collaboration parent-intervenant est donc composé de 15 items qui permettent au parent de « décrire la relation qu’il entretient avec un intervenant de l’équipe clinique avec lequel il a des contacts significatifs » (Lacharité et al., 1999). Lors de la passation du questionnaire, les parents ciblés se référent à un professionnel avec qui ils ont des contacts « significatifs », soit parce que les contacts sont positifs ou négatifs, ou encore parce que le professionnel identifié est souvent côtoyé par le parent.

Les divers énoncés sont répartis en cinq sous-échelles : la perception de la collaboration (6), la perception du lieu de contrôle (2), le degré de confort dans la relation (3), l’encouragement à chercher du soutien informel (1) et l’intimité dans la relation parent-professionnel (3). Les quatre premières sous-échelles proviennent du Questionnaire sur le lien institution-famille de McGrew et Gilman (1991) et la cinquième du Fear-of-Intimacy Scale de Descutner et Thelen (1991). Le répondant inscrit ses réponses sur une échelle de type Likert en cinq points. Parmi les items de l’inventaire, six sont formulés positivement, par exemple « L’intervenant m’encourage à chercher de l’aide auprès des autres membres de ma famille et auprès de mes amis lorsque j’en ai besoin ». Les six autres énoncés sont plutôt formulés à la négative, par exemple « L’intervenant et nous avons des idées différentes à propos de ce qui est le plus important concernant les services que notre enfant reçoit ». Lorsque l’orientation à un item est négative, le résultat sur l’échelle de Likert doit être inversé (1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1). Plus la cote obtenue à ce questionnaire est élevée, plus le parent perçoit positivement la relation qu’il entretient avec un intervenant donné.

Fidélité

La consistance interne de l’instrument pour les 15 items est de 0,76 (Lacharité et al., 1999). Les coefficients alpha sont de 0,81 et de 0,72 respectivement pour les mères et pour les pères (de Montigny, 2002). Toutefois, dans cette dernière étude de de Montigny, les questions 10 et 11 sont négativement ou faiblement corrélées aux autres et, lorsque ces dernières sont omises dans l’analyse, l’alpha corrigé devient 0,84 pour les mères et 0,75 pour les pères (de Montigny, 2002).

Utilisation en recherche québécoise

L’inventaire sur la collaboration parent-intervenant, administré à 84 dyades parent-intervenant, a permis d’examiner les conditions subjectives de la relation entre un parent et un intervenant dans le contexte de services et de soins pédopsychiatriques (Lacharité et al., 1999). Les principaux résultats de cette étude soulignent que ce serait la fréquence des contacts entre un parent et un intervenant plutôt que la durée de ces contacts qui influencerait la perception positive de l’interaction parent-intervenant, et ce autant chez l’un que chez l’autre. En effet, plus les contacts entre eux sont fréquents, plus le parent perçoit la relation avec l’intervenant et ses pratiques d’aide de manière positive et plus il rapporte sentir un contrôle sur les services que lui et son enfant reçoivent. De la même façon, plus les contacts sont fréquents, plus l’intervenant perçoit positivement la relation entre lui et le parent (Lacharité et al., 1999).

Références

Bogrov, M. & Crowel, R.L. (1996). Community Service Systems for Children and Adolescents. Dans W.R. Breakey (Éd.), Integrated Mental Health Services. New York : Oxford University Press.

De Montigny, F. (2002). Perceptions sociales des parents d’un premier enfant : Événements critiques de la période postnatale immédiate, pratiques d’aides des infirmières et efficacité parentale. Thèse doctorale en psychologie. Université du Québec à Trois Rivières.

Descutner, C.J. & Thelen, M.H. (1991). Development and Validation of a Fear-of- Intimacy Scale. Psychological Assessment : A Journal of Consulting and Clinical Psychology, 3(2), 218-225.

Dunst, C. J., Trivette, C. M. & Deal, A. (1988). Enabling and empowering families: Principles and guidelines for practice. Cambridge, MA : Brookline Books.

Lacharité C., Moreau, J. & Moreau, M-L. (1999). Le point de vue des parents et des intervenants sur la collaboration dans le cadre des services en pédopsychiatrie. Comprendre la Famille, Acte du 5e symposium québécois de recherche sur la famille.

McGrew, K.S. & Gilman, C.J. (1991). Measuring the perceived degree of parent empowerment in home-school relationships through a Home-School Survey. Journal of Psychoeducational Assessment, 9, 353-362.